Géographie

L'Oropash

Le pays d’Oropash est réputé pour son climat fort maussade, régulièrement arrosé de bruines, crachins, averses, giboulées et autres déluges. Mais si la pluie y est fréquente, elle ne constitue pas la règle, et on y peut passer en été de très agréables journées ensoleillées. Il n’en fut pas toujours ainsi, et l’on dit qu’au cours de l’âge luminique il y eut une très longue période durant laquelle les larmes du ciel tombaient de manière perpétuelle, versées par une déesse en proie à une incommensurable tristesse…

En effet, cette région koroïenne située à l’extrême occident de l’Akirom fut jadis le théâtre de plusieurs altercations entre Nari et Noïlrog. Leurs conflits commencèrent au cours de l’ère archaïque, lorsque le gardien du pouvoir envoya une armée humaine à la conquête des terres que la gardienne du bonheur réservait à ses créatures. Bien que la petite déesse, par un geste sublime et sacré, soit parvenue à établir dans cette contrée une certaine harmonie, l’aÿr des dieux poursuivit ses efforts pour corrompre le cœur des humains, comme en témoignent notamment les études histoiriques d’Ylanë Maÿvis exposées dans Le sang du nilab et Les sacrifices de Nari, et ce furent ses succès qui engendrèrent à cette époque les pleurs interminables de sa rivale.

Bien que l’Oropash ait considérablement changé aujourd’hui, notamment par la présence de grandes villes et de nombreuses voies de circulation terrestre et aériennes faisant contraste avec la splendeur de ses paysages, on peut encore y ressentir toute la grandeur mystique que ces lieux recelaient autrefois. C’est le cas notamment en parcourant le site légendaire à la renommée universelle que tant de touristes ultimondiens viennent encore visiter cycle après cycle : le Nari’ztala. Ce cromlech monumental formé de monolithes de kirtz gigantesque et situé au bord des falaises océaniques se trouve aujourd’hui à proximité d’un centre d’accueil des visiteurs, mais il était jadis bordé par la grande forêt d’Unoki, peuplée de nombreux animaux et créatures fantastiques …

Projetons-nous donc dans ces anciens temps où les humains vivaient encore dans des tribus autonomes réparties sur l’ensemble du territoire. Au sud de ce bois immense et mystérieux d’Unoki coule le Neval, qui semble longer la côte méridionale jusqu’au lac Ozupo où il trouve sa source et dans lequel de nombreux nilabs se réfugient au cours de la saison hivernale, suivis par les clans nilagos qui remontent également le fleuve avec leurs huttes flottantes pour migrer avec leur animal totem. La zone lacustre où ils s’installent alors se situe au même niveau que la forêt épineuse d’Utiop, dans les Hauts-Monts, chaîne montagneuse au-delà de laquelle, à une époque encore plus reculée, se trouvait un pays entièrement peuplé par les géants.

En se dirigeant vers le nord, depuis ces hauteurs, on descend progressivement vers le centre de la contrée en passant par les Bas-Plateaux et les Plaines-Dorées, notamment en suivant le Zetral qui se sépare plus loin en ses deux principaux défluents : le Zet et le Tral, tous deux rejoignant la Forêt Rouge au nord avant de se jeter dans l’océan. Depuis les Hauts-Monts au sud-est jusqu’aux falaises du nord-ouest, toutes ces régions sont vertes et fertiles, parsemées de vallées et de bois et peuplées de diverses espèces d’animaux vivant en troupeau, en harde, en meute, en famille ou en solitaire, ainsi que de tribus ayant souvent l’une ou l’autre de ces créatures pour totem, subsistant généralement à la fois de chasse et d’agriculture, et consacrant religieusement la grande majorité de leurs activités aux Korogaïs, principalement à Nari.

Au nord-est de l’Oropash se trouve une grande lande ouverte sur le reste du continent, peu propice au travail de la terre, mais fort riche en gisements d’ondiris. C’est là que les Pitakas ont fait leur fortune et progressivement agrandi leur royaume, au cours de l’âge luminique, jusqu’à devenir la tribu la plus puissante de cette partie du monde, n’hésitant pas à réduire les bêtes et les humains en esclavage pour accroître leur pouvoir. Ce peuple avait alors le regard tourné dans deux directions opposées : d’une part vers les grandes civilisations koroïennes continentales dont il fallait se prémunir tout en les imitant afin de se diriger comme elles vers la gloire ; d’autre part vers l’Oropash, pourvu de nombreuses ressources pouvant permettre aux Pitakas d’atteindre leurs objectifs de grandeur.

Enfin, c’est au cœur même de cette vaste province bordée par les falaises océaniques à l’ouest, les Hauts-Monts au sud-est, la forêt rouge au nord et les terres pitakas au nord-est, sur les rives du Zetral, que se situe la célèbre plaine d’Alganz, théâtre de la bataille mythique du même nom dont les Pitakas furent l’un des principaux protagonistes. À cette époque, l’Oropash est un territoire ambivalent, résultant d’un subtil équilibre entre les activités humaines et les puissances naturelles dont toute rupture trouvait une résolution grâce aux épopées de héros légendaires. Mais les évènements fabuleux de cette belle contrée appartiennent désormais au passé, et l’énergie spirituelle qui en émane tend aujourd’hui à s’effacer, impuissante face au désenchantement systématique que lui impose la modernité…