Histoire(s)

La bataille de la plaine d'Alganz

La bataille de la plaine d’Alganz est un évènement majeur marquant selon tous les commentateurs un immense tournant dans l’histoire de l’Oropash. Mais les mythes la relatant sont si nombreux, et leurs contenus si variés qu’il fut pendant très longtemps très difficile pour les histoiriens de connaître les conditions et le déroulement exacts de ces affrontements. Seule la reconstitution que l’on peut trouver dans le livre d’Ylanë Maÿvis Les sacrifices de Nari (restitution seconde, V, 7) permet aujourd’hui d’avoir un aperçu précis du déroulement de la bataille de la plaine d’Alganz. Nous n’exposons ici que les anciens mythes faisant référence à ce fameux combat et laissons aux passionnés d’histoire le soin de se procurer l’ouvrage précédemment cité s’ils souhaitent approfondir leur connaissance du passé de Koro.

Dans tous les mythes connus, la bataille de la plaine d’Alganz se déroule en plein hiver dans un décor abondamment enneigé, et met scène le peupe pitaka dirigé par son aÿr Emrek le Terrible. En revanche, l’histoire diffère souvent quant à la tribu à laquelle ceux-ci se trouvèrent opposés. En réalité, pour dire les choses clairement, il existe presque autant de versions de cet épisode mythique qu’il y avait jadis de tribus en Oropash, et chacune de ces sociétés se réclamait protagoniste de l’évènement en question dans l’histoire qu’elle transmettait au gré des générations. Chaque tribu donnait alors sa propre vision de la bataille, dans laquelle elle mettait en scène ses propres héros, c’est-à-dire ses propres ancêtres.

Commençons par l’interprétation histoirique traditionnellement véhiculée par les Pitakas, car c’est sans doute la plus spécifique, notamment en ce qui concerne le dénouement de la bataille. C’est en effet la seule version qui se termine par la consécration des Pitakas. Au terme de combats épiques, sentant que la victoire va échapper à sa tribu, Emrek le Terrible, dans un élan héroïque, se précipite sur ses adversaires en brandissant son espelaser, et parvient à pourfendre dix mille combattants avant de s’effondrer, blessé de toutes parts, succombant à ses blessures, mais permettant ainsi à son peuple de remporter la guerre. C’est alors l’aÿr des dieux en personne, le grand Noïlrog, qui vient chercher Emrek le Terrible sur le champ de bataille pour le guider vers les Echos du Passé, tandis que son fils, également héros de la bataille, monte dignement sur le trône tribal pour le remplacer.

Une autre version des plus célèbres est probablement celle transmise par la tribu alumbagi, dans laquelle on voit la déesse Nari intervenir pour renverser le cours de la bataille. Alors que les Alumbagis s’apprêtent à mourir au combat pour défendre leur honneur face à une armée pitaka dix fois supérieure à la leur, la gardienne du bonheur apparaît et en appelle à toutes les créatures de la forêt afin qu’elles participent aux affrontements. Ce sont dès lors les walgues, les kêks, les nilabs, les smakas, les aors, les povales, et bien d’autres animaux qui envahissent alors la plaine d’Alganz pour se battre aux côtés des Alumbagis. Dans cette épopée, c’est Nari qui, sous la forme d’un walgue, porte le coup fatal à Emrek le Terrible. Grâce à cette intervention divine, les Pitakas sont défaits et une paix durable est rétablie en Oropash.

Selon le mythe nilago, c’est leur aïeul le plus illustre, le légendaire Toziram, qui mène sa tribu au combat aux côtés de son père Balog le Fou. Par orgueil plus que pour épargner la guerre à son peuple, ce dernier propose d’affronter Emrek le Terrible en combat singulier avant le début des hostilités, mais l’aÿr nilago perd face à son homologue pitaka qui lui tranche deux jambes et un bras. Balog le Fou, mourant, remet alors son félish à son fils Toziram, et le nouvel aÿr prend son relais et s’engage dans un duel épique contre Emrek le Terrible, duquel il ressort vainqueur, permettant ainsi aux Nilagos de gagner la guerre, accomplissant ainsi de l’un de ses nombreux exploits.

D’autres tribus d’Oropash ont perpétué différentes représentations de cette bataille : les Ragiz relatent l’intervention, au début du combat, de la déesse Pulpula et du dieu Alokîn ; chez les Zetrals, on parle de la crue subite d’un fleuve dont les eaux gelées déciment la moitié de l’armée pitaka ; les Kangas racontent la participation des anciens géants à la guerre ; d’après les Telomals, ce sont les bots pitakas qui se seraient retournés contre leurs maîtres, conséquence du discours enflammé d’un éloquent aïeul, et les auraient alors bombardés…

Aucune de ces versions ne correspond à la réalité histoirique, et pourtant toutes recèlent toujours une part de vérité mythique. Il est intéressant pour nous, passionnés de mythoscience et d’histoire universelle, de constater comment le récit d’un même évènement, lorsqu’il est transmis à de futures générations, peut, par un étrange phénomène de transformation dans la répétition, aboutir à autant de mythes si éloignés les uns des autres…