Notre projet

Il se peut que vous ayez déjà entendu parler de la mythoscience et des principes sur lesquels elle repose, auquel cas vous avez certainement conscience que les prétendues vérités offertes par la science de notre planète sont, sinon inexactes, du moins en grande partie incomplètes, et que les modes d’interprétation et d’exposition de l’histoire y demeurent encore aujourd’hui très archaïques. Mais si vous n’êtes point initié à la démarche histoirique mythoscientifique, alors nous nous devons de commencer par vous donner quelques explications.

Il vous faut en premier lieu admettre que l’histoire, dès lors qu’elle n’est pas vécue, mais rapportée, est toujours d’essence mythique, dans la mesure où elle est relative à la manière dont on la raconte. Aussi la répétition narrative d’un évènement passé conduit-elle presque indéniablement à des transformations dans la structure même du récit. C’est ainsi que, pour une série de faits, d’actions et de péripéties appartenant à un même ensemble histoirique, c’est-à-dire à un même mythe, il est possible d’aboutir à différentes versions mythiques présentant des divergences au sein même de l’intrigue et du sens profond de l’histoire. La mythoscience, fondée par Ylanë Maÿvis et considérée aujourd’hui comme l’une des principales branches de la recherche histoirienne, se donne pour but de faire la part des choses entre toutes les versions associées à chaque mythe. Une telle démarche prétend ainsi s’approcher au maximum de la vérité mythique correspondant à la réalité histoirique afin de reconstituer peu à peu le passé véritable de l’Ultimonde – notre univers.

De pareilles études reposent le plus souvent sur une autre discipline relativement récente dont nous traduisons le nom par « archéospiritologie ». Nous nous permettons ici d’en expliquer brièvement les principes sans rentrer dans des détails trop lourds. Au cours de son existence, tout esprit conscient laisse dans son sillage des empreintes de ses expériences vécues, de ses émotions ressenties ou encore de ses pensées émises. Ces souvenirs immatériels demeurent toujours, même après sa mort, dans les objets qu’il a possédés, voire dans les méandres du cosmos qu’il a parcourus ou contemplés, et constituent ce que l’on peut appeler des « traces spirituelles ». Ces reliquats, lorsqu’ils sont restés suffisamment intacts, peuvent être récupérés par les archéospiritologues pour être offerts à l’analyse histoirienne. La reconstitution et l’étude de ces traces spirituelles permettent ainsi de faire ressortir des abîmes où ils avaient plongé des évènements appartenant à un lointain passé, et ce avec une précision extrême, pour peu que ces évènements aient fait l’objet d’une expérience consciente et que des empreintes en aient été retrouvées.

Le premier rôle des histoiriens mythoscientifiques est de tirer le meilleur parti de ces données spirituelles issues des fouilles archéospiritologiques. Voici comment se déroule le long processus de restauration. Lorsqu’ils sont suffisamment nombreux et intacts, les vestiges relevant d’un même ensemble mythique sont dans un premier temps regroupés et subissent une première analyse. Les empreintes les plus pertinentes sont ensuite réorganisées et réassemblées en plusieurs ensembles formant chacun une continuité et portant le nom de « fragments » mythiques. Les fragments mythiques les plus pertinents peuvent être ensuite à nouveau mis en commun afin d’aboutir à la « restitution » finale. Pour les travaux de grande ampleur, il arrive souvent qu’un « épisode » mythique soit lui-même la combinaison de plusieurs restitutions. Il va de soi que l’histoire qui en découle n’est pas le mythe : elle représente simplement l’ensemble des évènements dont on peut dire avec certitude qu’ils se sont effectivement déroulés par le passé au sein de l’Ultimonde. Le résultat d’une telle démarche de restauration doit donc plutôt être compris comme un support moderne témoignant de certains aspects particuliers du mythe, et sur lequel peut ensuite s’appuyer la communauté mythoscientifique afin de valider ou d’invalider les hypothèses qu’elle émet quant à la réalité histoirique du passé ultimondien. L’épisode mythique constitue ainsi un socle fondamental pour la recherche histoirienne, permettant de définir ce qui peut être accepté ou non comme vérité mythique, et par extension comme réalité histoirique.

Comment en sommes-nous arrivé à l’idée de ce projet de traduction des ouvrages d’Ylanë Maÿvis traitant de l’histoire koroïenne ? Nous sommes originaire de Titaxaïa, mais contrairement à la plupart de nos complanétaires, nous avons pris conscience très tôt, au cours de notre vie, de l’existence de civilisations extérieures à notre monde natal. Notre volonté de découvrir les réalités exotiques de notre univers nous a amené à nous faire implanter des cérébrocapteurs afin de rejoindre à notre guise le grand système psychocérébral ultimondien. Au gré de nos recherches, nous avons progressivement pris connaissance des travaux remarquables d’Ylanë Maÿvis, célèbre histoirienne spécialisée dans le monde de Koro et ayant posé les principes fondamentaux de la mythoscience. L’ignorance dans laquelle les Titaxaïens nous semblent bien souvent se complaire nous a poussé à réagir, et c’est donc principalement dans le but d’éveiller la conscience de nos complanétaires en leur faisant découvrir ces lointaines réalités que nous avons décidé de traduire et de faire publier ici-bas les ouvrages mythoscientifiques d’Ylanë Maÿvis.

Un processus de traduction de ce genre n’est guère aisé et doit s’interroger sur des difficultés de retranscription tout à fait spécifiques. D’abord, il va de soi que les langues koroïennes ont été amenées à évoluer au travers des âges, mais comme pour la plupart des œuvres contemporaines traitant de périodes révolues, nous préférons utiliser les dénominations d’usage à notre époque afin de faire référence aux éléments du passé. Ainsi, bien que leurs noms aient pu être différents autrefois dans d’anciens dialectes, ce sont les termes de la langue universelle moderne que nous privilégions pour désigner les lieux, les peuples, les créatures (lorsque ces animaux sont inconnus des Titaxaïens), les personnages histoiriques, ou même les divinités auxquels les reconstitutions d’Ylanë Maÿvis font référence. Nous nous efforçons toutefois d’adapter ces termes à l’écriture correspondant à vos habitudes de lectures, afin d’être au plus près de leur prononciation véritable (bien que certains phonèmes diffèrent légèrement). Ajoutons que nous prenons généralement le parti d’utiliser les formes des déclinaisons de la langue de destination de nos traductions afin d’épargner à nos lecteurs trop de complexité inutile. Enfin, nous choisissons parfois de vous offrir un accès plus direct à la signification de certains mots en employant celui qui s’en rapproche le plus dans votre langue, ou en procédant à des néologismes relativement explicites. Nous utilisons notamment cette dernière méthode pour désigner des technologies ou des procédés inconnus sur Titaxaïa.

Si ce projet vous intéresse, n’hésitez pas à nous soutenir, notamment en vous procurant les ouvrages déjà disponibles, et surtout en parlant autour de vous des recherches histoiriques d’Ylanë Maÿvis. Qu’attendez-vous pour faire découvrir à ceux qui l’ignorent encore l’existence du monde de Koro, porte ouverte sur les innombrables réalités de notre univers et des autres…